1.

MAMMA MIA ! ♥

Il y a certains mots qu'on aimerait ne jamais avoir à dire. Des mots qui nous blesse tellement, qu'on aimerait les rayer du dictionnaire une bonne fois pour toute. Des mots qui nous choquent, qui nous font réfléchir, qui refroidissent l'air, qui nous interpellent, des mots cons qui sortent de notre bouche sans qu'on puisse les retenir. Des mots qui entraînent des regrets, des mots qui nous empêchent de dormir la nuit. Je te déteste, va t'en, ta gueule. Quand je suis entrée en troisième primaire, je m'étais faite une promesse. Ne jamais dire oui, ni non. En entrant en cinquième, je me suis jurée de ne plus jamais me disputer avec ma mère, plus aussi fort en tout cas. En entrant en deuxième rénovée, je m'étais promise de ne plus dire à mon frère les devoirs qu'il me restait à faire, ayant constaté que ça n'apportait rien de bon. En entrant en troisième, le mot 'pute' ne faisait plus partie de mon vocabulaire. Quand j'ai passé ma quatrième, j'ai à nouveau fait une promesse. Je ne devais jamais plus dire le mot Adieu. Ce mot m'avait fait pleurer des soirées entières, ce mot avait rempli toutes les pages de mon journal intime, ce mot je l'aurais tué. Quand je suis revenue de mon camp de vacances en Italie, j'ai essayé d'oublier ces cinq lettres qui m'avaient brisé le c½ur. J'aurais vraiment essayé. Quand je suis entrée en cinquième l'an d'après, je me suis promise de ne jamais plus faire de promesse. De toute évidence, j'étais incapable de les tenir. Cet été là, je l'avais revu. Quand mes lèvres ont quitté les siennes pour la dernière fois, un mot beaucoup plus tendre est apparu, un mot beaucoup plus faible aussi, beaucoup moins sûr, beaucoup plus lâche. Au revoir. C'est toujours plus facile à entendre qu'un adieu. Et dans notre cas, c'est beaucoup plus réaliste. Parce qu'on allait se revoir. Peu importe ce qu'en disent mes parents, mes points scolaires, ou le prix d'un billet d'avion. C'était une réalité qu'on ne nous enlèvera jamais.
J'étais debout devant le comptoir depuis deux bonnes heures. Mélanie m'a assuré que si je voulais être sûre et certaine de ne pas le louper, je ferais mieux de me montrer à l'aéroport plus tôt. Qu'apparemment, l'avion, que tu sois dedans ou pas, il décolle. Ma valise bougeait de gauche à droite, sous la main de Samuel. C'est fou, il à l'air encore plus stressé que moi. Ca me fait du bien de les avoir à mes côtés, surtout aujourd'hui. Parce qu'aujourd'hui je pars. Depuis un an, je ne pense plus qu'à ça. Depuis que j'ai quitté cet endroit, je n'ai qu'une seule envie, y retourner. Martin et Elisabeth profitaient à leur manière, du temps qu'il leur restait avant qu'ils ne partent chacun de leur côté en vacances. Je ne peux pas leur en vouloir. Une voix retentie dans la pièce, et tout les regards se lancèrent à mon égard. On annonçait que les passagers de l'avion 412 devaient se diriger vers le couloir vingt-six. Mon avion. Je pris une dernière fois Louise, Baptiste et Guillaume dans mes bras, en leur promettant d'envoyer des cartes postales, une fois arrivée là-bas. Comme dirait Francis, je ne suis pas capable d'envoyer des sms comme tout le monde. Avant d'aller retrouver Mélanie et Alice, je pris le bras de Samuel et l'entraîna avec moi un peu plus à l'écart.
- Là, j'ai peur.
- On fait comme on a dit, et tout ira bien.
- Je ne sais plus si c'est une bonne idée.
- Moi, je le sais. Si ça ne va pas, tu me téléphones, mais je suis certain que ça ira.
- Je ne sais vraiment plus si c'est une bonne idée...
Il posa ma valise sur le sol, et me serra dans ses bras comme pour réconforter un enfant en pleur. Au fond, c'est ce qu'il a toujours fait. Sans lâcher ma taille, ses yeux plongeaient dans les miens, et le silence nous entoura. Je sentais que les autres nous observaient du coin de l'½il, et l'intimité que je pensais avoir en pris un coup. On se recula tout les deux de quelques centimètres et il me rendit ma valise.
- Téléphone moi quand même, même pour me dire que tout va très bien.
- C'est promis.
Je l'embrassa sur la joue et fit un dernier signe de la main en croisant Louise, Baptiste et Guillaume. Ils me le rendirent avec un sourire narquois et je préfère honnêtement ne pas savoir ce qu'ils pensent. Un homme habillé en bleu m'interpella pour prendre mon sac, puis me laissa aller rejoindre mes amies. Mon c½ur bat à une vitesse mondiale, j'espère que ça ne se voit pas trop de l'extérieur. Tout le monde n'a pas été informé de la raison qui me pousse à monter dans cet avion. Seulement Mélanie, Alice et Samuel le savent. C'est la première fois qu'on part en vacances ensemble, toutes les trois. Ca ne pouvait pas être mieux !
- Francis n'est pas venu tiens ? me demanda Alice.
- Non, ce n'est pas son truc, les aéroports...
- Enfin, après ce que tu lui as dis avant-hier, ça aurait été surprenant qu'il soit là, la ramenait Mélanie.
- Qu'est ce que tu voulais que je lui dise en même temps ?
- Non tu as bien fait...
Quand la foule s'est mise à avancer vers la sortie, on marcha avec elle d'un pas décidé. Le bonheur. Juste le fait d'être ici, c'est énorme pour moi. De me dire que dans peu de temps, je serais dans le pays du soleil. Ma main serrait celle de Mélanie, et on se mises à rire, juste comme ça, juste pour rire. Avant de sortir complètement de l'aéroport, Alice me fit remarquer qu'un nouveau venu avait rejoint Guillaume, de l'autre côté de la pièce. Je me retournai et aperçu Francis qui me cherchait des yeux dans tout ce monde. Quand nos regards se croisèrent, il me souria et me fit un signe de la main. Je lui rendis, heureuse de voir que malgré tout ce qui s'est passé il y a deux jours, il est venu. Bien qu'il soit venu un peu tard, je suis tout de même contente qu'il soit venu. Je le perdu de vue, et dans les dix minutes qui suivies, nous voilà installée à l'intérieur de l'avion. La fenêtre à ma droite, Alice à ma gauche.

# Posté le samedi 02 mai 2009 08:24

Modifié le mercredi 29 juillet 2009 09:41

2.

Moi qui voulais tant regarder le monde de haut, voir les maisons et les jardins en minuscule et imaginer ce que fait chaque petit point noir au moment ou je survole leur village. J'ai envie de vomir et pas une seconde je ne quitte des yeux le sachet en plastic attaché au siège de devant. C'est donc ça, le mal de l'air. Je ne pense pas, j'appellerais plutôt ça le mal des Aribeau mangés en trop grande quantité.
Ca faisait une bonne heure qu'on survolait terre et mer. J'ai une boule à l'estomac. Comment expliquer l'inexplicable. Je vais le revoir. J'adore me répéter encore et encore cette phrase. Je vais le revoir. Pas trois jours, ni quatre, mais deux semaines entières. Rien que le fait de me dire qu'il sera probablement là quand mes pieds toucheront à nouveau la terre ferme, me donne mal à au ventre. Je suis tellement heureuse, bien plus que les fois précédentes. Bien sûr j'ai peur de sa réaction quand il me verra sortir de l'avion, bien sûr j'ai peur qu'il ne me voie tout simplement pas sortir de l'avion, bien sûr ça me fondrait le c½ur si on ne se plaisait plus, s'il aimait une autre fille, s'il n'y avait plus cette étincelle entre nous. Tout ce qui est sensé ce passé une fois là-bas est déjà planifier dans ma tête. Alice m'a expliqué que ce n'était vraiment pas bon pour moi, que je risquerais d'être déçue de la réalité qui se fait souvent dépasser par le rêve. C'est faux, enfin non c'est vrai en général. Mais en ce qui me concerne, c'est différent. Juste le voir dépasserait tous mes rêves. Juste le savoir à côté de moi, le sentir près de moi, et le reste on s'en fou. Je passais en boucle les vieilles chansons des années septante, Marcie Blane, Guy Mitchell, Honeybus, Lovin' Spoonful, Télephone, et puis Abba, surtout Abba. En jetant un coup d'½il vers Alice et Mélanie, je me rendis compte que j'étais bien la seule à avoir tenue le pari. Je ne dors pas, contrairement à certaines. De toutes manières, il m'est impossible de dormir en avion. Surtout pas maintenant. Même si le c½ur m'en disait je ne pourrais pas. J'ai trop hâte, je suis trop exitée, j'ai mal au ventre, j'ai vraiment très mal au ventre, j'ai envie de discuter. De parler de Maëlo, de mes doutes. Mais les quatre oreilles qui sont sensées être à mon écoute dorment comme des bien heureuses. Ca me plairait, qu'un passager qui m'est inconnu vienne s'asseoir à mes côtés et en parler avec moi. Je lui confirais tous. Comme dans ces séries américaines qui passent de temps en temps à la télévision. Le genre de séries ou tout le monde aime tout le monde et que des gens biens, tu en croises à chaque coin de rue. Ce qui change de la vraie vie, ou on te dévisage déjà si tu parles trop fort dans un lieu public. J'attrapai dans mon sac, le dernier paquet de bombons à la menthe et déchirai le papier. Comme si je n'en avais déjà pas assez mangé. Ca me calme et au moins je fais quelque chose. Le dos enfoncé contre mon dossier, les paupières fermées, j'imaginais. Ses yeux, sa bouche, son sourire, sa voix, son odeur. En souhaitant que rien n'a changé depuis l'an passé. Il était tellement bien à mes yeux, qu'il semblait fait pour moi. Le temps me sembla infiniment long, à croire que les aiguilles de l'horloge se sont arrêtées depuis une bonne demie heure. Et dans ma tête, toujours la même phrase défilait. Je vais le revoir. Je repris vite fait un bonbon et observait à nouveaux Alice et Mélanie qui dormaient. Les yeux d'Alice s'ouvraient peu à peu. C'est trop mignon de voir ça. Quelqu'un qui se réveille, je trouve ça trop adorable. Elle me sourit, sourire que je lui rendu, elle me demanda un bonbon à la menthe, bonbon que je lui donna.
- Alors, me questionna-t-elle, pas trop en train de flipper ?
- Tu ris ou quoi ? Les gens qui étaient à bord du Titanic flippaient encore moins que ça.
- Tu sais je suis certaine qu'il y en a un qui flippe pas mal aussi en ce moment.
- Je ne sais pas...
- Moi je sais.
Mélanie, se réveilla à son tour dans un bâillement, comme ceux qu'on voit dans les contes de fées. Quand le prince charmant sauve la princesse d'un sommeil éternel en lui donnant un baiser. Bien que dans cet avion, on ne peut pas dire qu'il y ait grand monde qui soit digne d'être son prince. Elle me regarda, regarda Mélanie, regarda mon paquet de bonbons.
- Tu en veux un ?
- Oui je veux bien, merci.
Nous voilà toutes les trois éveillées. La voix dans l'interphone, qui avait déjà fait interruption plusieurs fois pendant le vol, raisonnait à nouveau. Dans un quart d'heure, nous atterrissons. Toutes sortes de questions qui ne m'avaient encore jamais effleuré l'esprit apparues. Du 'est-ce le bon aéroport au moins' au 'viendra-t-il'. Je les coinçai dans un coin de ma tête en essayant de ne pas y penser. Les filles me serraient les mains, comme pour les réchauffer. Elles se doutent que ça m'effraye. J'ai de la chance qu'elles soient là. Durant tout le trajet, elles ont fait leur possible pour me distraire. D'accord rien ne marchait, mais qui d'autre aurait essayé si longtemps. Cet un quart d'heure pour moi à duré une minutes. Quand les portes s'ouvrirent, tous comme les autres passagers, on descendait les escaliers et touchait à nouveau la terre ferme. A chaque pas, chaque mouvement, j'espérais croiser son regard. Je voulais une retrouvaille comme dans les films. Avec larme, amour et bonheur. Mais après avoir récupéré nos affaires dans l'aéroport, rien. Après avoir fait plusieurs fois le tour de la pièce en tirant nos valises derrière nous, toujours rien. On s'était promise de parler de la pluie et du beau temps mais pas de Maëlo. Il va de soi que malgré qu'il n'apparaisse pas dans nos conversations, je ne pensais qu'à lui. Non, rien d'autre que lui. A côté de moi, Mélanie et Alice paraissaient assez détendues. Elles étaient si souriantes et de si bonne humeur que j'avais envie d'être comme elles. De donner aussi aux gens, cette envie de venir me parler. On s'arrêta un instant devant le distributeur de bonbons, le temps d'épier encore une fois les alentours. Le retrouver. Je n'avais que cette idée en tête, le retrouver dans tout ce monde, le retrouver pour de bon. Ca faisait peu de temps qu'on avait quitté les airs, mais cet aéroport n'avait déjà plus de secret pour moi. Chaque recoin de la pièce, je le connaissais parce que durant un court instant, je pensais qu'il pouvait s'y trouver. Mais il ne s'y trouvait jamais. Mon ventre se noua, j'avais une boule dans la gorge. C'était donc ça mon rôle. Moi je suis la jeune fille qui à fait tout son possible pour retrouver une amourette de vacances, qui lui n'a même pris la peine de se déplacer. Je ne comprends pas. Durant toute une année, je n'ai jamais douté de lui, pas une seule fois. Je me disais qu'avec lui je n'avais pas à deviner car je savais. Mais ce que je savais, c'était uniquement les salades qu'il me racontait. Les larmes me tuaient pour pouvoir sortir, mais je ne voulais pas. Je ne devais pas pleurer.
-Hélène...
Je me retournai. Mélanie avait l'air aussi déçue que moi.
-Il n'a pas l'air d'être là...
-Si il a peut-être un peu de retard c'est tout.
Au dessus de son épaule, les gens paraissaient si heureux de se voir. Certain en pleurait, se serrait dans leurs bras, d'autres se serrait juste la main, le bonheur aux lèvres. Bordel. Je ne croyais pas le moindre de mes mots. C'est tout bonnement impossible qu'il ait du retard. Tout à coup, de l'autre côté de la pièce, j'aperçu Anita. Une de ses amies, et une des miennes par la même occasion. Ho mon Dieu. Il était juste à côté, entrain de me chercher des yeux dans la foule. Ho mon Dieu. Il est venu. On entendait battre mon c½ur dans toute la salle. Quand son regard croisa enfin le mien, il y eut son sourire qui se lève.

# Posté le samedi 02 mai 2009 09:04

Modifié le mercredi 29 juillet 2009 09:41